Bang bang
2026 - Silent film, colour, 16 minutes 59
Part of the series "The Ugly, the Hideous and the Unlovely"
with in order of appearance
Manolis Fotiou, Charles Clicheroux, Nikolaos Kanavas, George Tsagaris, Virginie Kleinclaus, Vagelis Phocas,
Patrizia Rondini, Cihan Kurt.
In the countryside of a small Greek island, local inhabitants take on the costumes and postures of the American western. They face off, draw their guns, fall. The words they speak — written on intertitles, as in the age of silent cinema — are not their own. They are lines stolen from Clint Eastwood, Sergio Leone, John Ford, Quentin Tarantino : the very language of the genre, transplanted into a foreign body.
The intertitles reproduce word for word the iconic lines of the American western — but behind the dueling figures, it is not the Arizona desert that stretches into the distance, it is the Mediterranean Sea. The saloon is a Greek taverna. The cowboys are local villagers. This constant gap between the violence of the words and the gentleness of the landscape is the engine of the film : it lays bare the absurdity of the western mythology, and by extension, the absurdity of any culture that romanticizes violence.
The setup is simple, almost childlike — handmade pistols crafted by the artist, amateur actors, ordinary Greek countryside. The film is silent, with no music or sound effects. Nothing dramatizes the violence, nothing steers the viewer's emotions. This silence is as much a political choice as an aesthetic one: it denies violence the comfort of its usual staging. But this lightness is deceptive. Behind the satire, a real unease surfaces: every year since 2023 has broken a new record — the world has never seen so many armed conflicts since 1946. This is not a peak, researchers warn, it is a structural shift. Violence is no longer a distant spectacle. It is everywhere, normalized, desired, consumed — through iconic one-liners and photogenic deaths.
Barret does not judge. She observes, with quiet irony, how ordinary men and women can so easily inhabit violence — as long as someone hands them the script.
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I have been living in Greece for several years. A country that, like many others, watches wars on television over dinner. The news scrolls between two commercials — a bombing, a famine, an attack — and then we move on. The world's violence reaches us through screens, filtered, staged, almost beautiful. On our phones, our computers, our televisions : it has become background noise.
Bang Bang was born from this feeling of unease. This strange familiarity we have all developed with violence — not the real kind, the brutal, the unbearable, but its domesticated version, the one we consume between dinner and dessert. The violence of films and series, with their heroes and their soundtracks. That of social media, where it circulates freely, filmed, liked, shared in seconds. That of the evening news, which shows us every night that the world is burning — and that we go to bed anyway. It is everywhere, at every level, so deeply woven into daily life that we no longer really see it.
"Violence is the last refuge of the incompetent."Isaac Asimov's words haunt me. Not because they are reassuring — they are not — but because they suggest that violence is an admission of failure. And yet we continue to celebrate it, consume it, teach it without meaning to.
I grew up with westerns. These films taught me that violence could be elegant, that dying could be heroic, that shooting first could be righteous. These were lessons I did not choose. They entered through the eyes, quietly, through repetition.
So I asked my neighbours to play cowboys. And I gave them the words of Eastwood, Leone, Tarantino. Recycled dialogues, torn from their context, redistributed like cards in a new deal. Adults replaying, with an almost touching seriousness, what children do naturally in school playgrounds — bang bang, you're dead, no you are. Except children know it's a game. The parody is there, deliberate, light. But it raises a serious question : if adults can so easily inhabit these roles, these words, these gestures — is it really so different from what happens outside the frame ?
It is that embarrassed smile that interests me. That moment when someone repeats a line about death and realises, halfway through, that they don't really know what they're saying — but that in some way, they know it all too well.
Clémence B. T. D. Barret, 2026
Dans la campagne d'une petite île de Grèce, des habitants endossent les costumes et les postures du western américain. Ils s'affrontent, dégainent, tombent. Les mots qu'ils prononcent — inscrits en cartons comme au temps du cinéma muet — ne leur appartiennent pas. Ce sont des phrases volées à Clint Eastwood, Sergio Leone, John Ford, Quentin Tarantino : la langue même du genre, transplantée dans un corps étranger.
Les cartons reprennent mot pour mot les répliques cultes du western américain — mais derrière les duellistes, ce n'est pas le désert de l'Arizona qui s'étend, c'est la mer Méditerranée. Le saloon est une taverne grecque. Les cow-boys sont des habitants du coin. Ce décalage permanent entre la violence des mots et la douceur du paysage est le moteur du film : il rend visible l'absurdité de la mythologie western, et par extension, l'absurdité de toute culture qui romanise la violence.
Le dispositif est simple, presque enfantin — des pistolets fabriqués à la main par l'artiste, des figurants du dimanche, la campagne grecque ordinaire. Le film est muet, sans musique ni effets sonores. Rien ne vient dramatiser la violence, rien ne guide l'émotion du spectateur. Ce silence est un choix politique autant qu'esthétique : il refuse à la violence le confort de sa mise en scène habituelle. Mais cette légèreté est trompeuse. Derrière la satire affleure une inquiétude réelle : chaque année depuis 2023 bat un nouveau record — jamais le monde n'a connu autant de conflits armés depuis 1946. Ce n'est pas un pic, avertissent les chercheurs, c'est un changement structurel. La violence n'est plus un spectacle lointain. Elle est partout, normalisée, désirée, consommée — à coups de répliques cultes et de morts photogéniques.
Barret ne juge pas. Elle observe, avec une tendresse ironique, comment des hommes et des femmes ordinaires peuvent si facilement habiter la violence — pourvu qu'on leur en donne le script.
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Je vis en Grèce depuis plusieurs années. Un pays qui, comme beaucoup d'autres, regarde les guerres à la télévision le soir en dînant. Les informations défilent entre deux publicités — un bombardement, une famine, un attentat — puis on passe à autre chose. La violence du monde arrive par écrans interposés, filtrée, mise en scène, presque belle. Sur nos téléphones, nos ordinateurs, nos télévisions : elle est devenue un fond sonore.
C'est de cette sensation d'inconfort que Bang bang est né. Cette étrange familiarité que nous avons tous développée avec la violence — non pas la vraie, la brutale, l'insupportable, mais sa version domestiquée, celle qu'on consomme entre le dîner et le dessert. La violence des films et des séries, avec ses héros et ses bandes originales. Celle des réseaux sociaux, où elle circule librement, filmée, likée, partagée en quelques secondes. Celle des journaux télévisés, qui nous montrent chaque soir que le monde brûle — et que nous continuons quand même à nous coucher. Elle est partout, à tous les niveaux, si profondément intégrée dans le quotidien qu'on ne la voit plus vraiment.
« La violence est le dernier refuge de l'incompétent. » Cette phrase d'Isaac Asimov me hante. Non pas parce qu'elle est rassurante — elle ne l'est pas — mais parce qu'elle suggère que la violence est un aveu d'échec. Et pourtant nous continuons à la célébrer, à la consommer, à l'enseigner sans le vouloir.
J'ai grandi avec le western. Ces films m'ont appris que la violence pouvait être élégante, que mourir pouvait être héroïque, que tirer le premier pouvait être juste. Ce sont des leçons que je n'ai pas choisies. Elles sont entrées par les yeux, doucement, à force de répétition.
Alors j'ai demandé à mes voisins de jouer aux cow-boys. Et je leur ai donné les mots d'Eastwood, de Leone, de Tarantino. Des dialogues recyclés, arrachés à leur contexte, redistribués comme des cartes dans une nouvelle donne. Des adultes qui rejouent, avec un sérieux presque touchant, ce que les enfants font naturellement dans les cours de récréation — bang bang, tu es mort, non c'est toi. Sauf que les enfants, eux, savent que c'est un jeu. La parodie est là, assumée, légère. Mais elle pose une question sérieuse : si des adultes peuvent si facilement endosser ces rôles, ces mots, ces gestes — est-ce vraiment si différent de ce qui se passe en dehors du cadre ?
C'est ce sourire gêné qui m'intéresse. Ce moment où quelqu'un répète une phrase sur la mort et réalise, à mi-chemin, qu'il ne sait pas vraiment ce qu'il dit — mais que d'une certaine façon, il le sait trop bien.
Clémence B. T. D. Barret, 2026